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Tir nourri contre les organisations de défense des droits de l’Homme

10 mars 2011

La dix-huitième Knesset (le parlement israélien), extrêmement portée à droite, et le gouvernement de M. Benjamin Netanyahou multiplient les attaques et propositions de lois contre les ONG israéliennes de défense des droits de l’Homme.

« Complices de la terreur », « collaborateurs du terrorisme », ou encore traitres à la patrie qui n’agiraient qu’avec l’intention d’affaiblir Israël et de nuire à l’image de marque du pays. Avigdor Lieberman et ses sbires ne mâchent plus leurs mots pour parler de ces groupes et associations trop peu dociles à leur goût. Les voix dissidentes sont de moins en moins tolérées en Israël.

On se souvient de l’indignation soulevée en octobre 2010 par le débat autour du fameux « serment d’allégeance ». Moins connue fut une proposition de loi d’Uri Ariel (Parti d’Union Nationale) exigeant d’organisations qu’elles jurent fidélité et loyauté envers Israël en tant qu’État « juif et démocratique ». Cette proposition de loi, une parmi tant d’autres, est pourtant révélatrice d’un fait : les groupes et associations de défense des droits de l’Homme sont mis sous pression en Israël.

L’un des derniers exemples en date dans cette chasse aux sorcières, le 5 janvier 2011, voyait le parlement israélien s’accorder sur la constitution d’une énième commission parlementaire. Contestée jusque dans les rangs mêmes du Likoud, cette commission devrait examiner le financement extérieur d’associations israéliennes suspectées d’aider (ou d’avoir aidé) et de collaborer aux enquêtes et poursuites intentées à l’étranger – pour des crimes de guerre et/ou des violations du droit international – contre des officiels et militaires israéliens.

« L’origine de cette proposition de loi et de cette commission réside dans le rapport Goldstone », explique Rina Jabareen – du Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël (Adalah). « Des associations de défense des droits de l’Homme comme Breaking the Silence, B’tselem ou Adalah y ont contribué et y sont citées un certain nombre de fois. Suite à ce rapport dans lequel il est écrit que l’armée israélienne a commis des crimes de guerres, le gouvernement ainsi que la majorité du public juif israélien sont devenus fous. Le public et le gouvernement ont perçu cette autre narration, cette délégitimation, des évènements comme un acte de trahison. »

« Les voies dissidentes à l’intérieur d’Israël sont désormais considérées comme une menace stratégique pour la poursuite des politiques d’occupation », confirme la Coalition des Femmes pour la Paix dans son rapport « All-Out War »,  « et les faire taire est devenu le but principal des organismes gouvernementaux et des mouvements politiques israéliens de droite. »

Des idées et propositions de lois antidémocratiques font leur chemin

Souvent initiées par une droite ultra-nationaliste politiquement plus présente et pesante et qui ne dort jamais au parlement israélien, les propositions de lois visant les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l’Homme se sont multipliées en 2010. Elles visent à « protéger » les « valeurs » de l’État d’Israël, à améliorer la « transparence » de certaines ONG afin de mieux les surveiller, à poursuivre les appels au boycott, ou encore à contrecarrer le principe de juridiction universelle. Il est question d’examiner, ficher, contrôler, avant de poursuivre des individus ou de fermer des associations.

Combattues et pétitionnées par les différents groupes de défense des droits de l’Homme, la mécanique derrière la conception de ces propositions de loi est souvent identique. Une proposition de loi extrêmement radicale est déposée par un parlementaire israélien (comprenant des peines de prison par exemple), les ONG s’en offusquent, la proposition est discutée et amendée avant d’être éventuellement votée.

La Coalition des Femmes pour la Paix constate que « les propositions de lois ainsi discutées, même si elles finissent par ne pas être votées dans leurs formulations actuelles ou originelles, servent de base pour justifier de futures politiques gouvernementales contre les actions de l’opposition. » Une idée extrême est d’abord évoquée et répétée, par la suite édulcorée, pour enfin être lentement mais sûrement assimilée par l’opinion publique et mise en pratique par le gouvernement.

Les Juifs israéliens « subversifs » visés aussi

L’opposition est écartée, marginalisée, stigmatisée et un écran de fumée est ainsi créé, continue le rapport. «La création d’un tel « ennemi » aide à détourner l’attention du public de l’occupation et de ses effets négatifs. Elle permet de blâmer quelques « personnes subversives », prétendument responsables de l’isolement d’Israël, qui agissent « contre l’État » plutôt que de montrer du doigt l’échec des politiques gouvernementales. »

Pour Ronnie Barkan, militant anarchiste contre le Mur vivant à Tel Aviv, toutes ces propositions de lois antidémocratiques signalent un changement de cap de la part des politiques israéliennes.

« Le système judiciaire ainsi que les autres systèmes d’oppression en Israël sont aujourd’hui plus enclins que par le passé à traiter les Juifs israéliens antifascistes, qui critiquent le caractère juif de l’État ou sa sainte armée, de la même manière que le sort qu’ils réservaient aux non Juifs jusque récemment », explique-t-il. « Les propositions de lois visent à surveiller et contrôler entre autres le financement de certaines ONG critiquant les politiques israéliennes. S’il s’était agi de non Juifs, ils auraient certainement été taxés d’antisémitisme par la machine de propagande ».

Ronnie Barkan se sent-il aujourd’hui ciblé, visé, par le gouvernement israélien ? « Ciblé, oui. Ce n’est pas une question de sentiment mais un fait. Il n’y a qu’à voir le cas de Jonathan Pollak, militant, Juif israélien, condamné à trois mois de prison pour avoir pris part à une manifestation à vélo à Tel Aviv. Mais malgré tout, il n’y pas de comparaison possible avec ce que subissent les civils palestiniens ». Ou encore ce que subissent les militants et organisateurs palestiniens d’Israël comme Amir Makhoul – directeur général du Syndicat des associations de la communauté arabe en Israël, ITTIJAH (basé à Haïfa) – récemment condamné à neuf années de prison pour un prétendu « espionnage » pour le compte du Hezbollah.

Une société malade

Malgré de nombreuses lettres et pétitions adressées à la Knesset par des ONG qui se sont mobilisées, quelques vives réactions et critiques émises par certains intellectuels, artistes et hommes politiques de gauche, Israël s’enfonce chaque jour un peu plus dans sa paranoïa et l’exclusion de l’autre.

Associés à une attitude ouvertement belliqueuse, cet ensemble de lois liberticides et cette atmosphère de suspicion amènent Uri Avnery (Gush Shalom – le Bloc de la Paix) à évoquer les sombres années ‘30 de sa jeunesse en Allemagne. Selon Avnery, la société israélienne se noie dans une vague de fascisme.

Pour Ronnie Barkan, le mal est plus profond et ne date pas d’hier. « La société israélienne avait déjà beaucoup d’éléments fascistes en 1967, voire avant déjà », insiste-t-il. « C’est une société très malade et elle montre de plus en plus de signes de cette maladie ethnico-nationaliste. C’est ce qu’on appelle une ethnocratie ; et chaque aspect de ce régime, de 1948 jusqu’à aujourd’hui, gravite autour de l’ethnicité ou de la judéité. Parler en Israël de valeurs universelles telles que l’égalité ou les droits de l’Homme équivaut à blasphémer. »

Nicolas Van Caillie

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