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Retour sur un publi-reportage (1)

3 décembre 2010

Israël terre de bonne gestion, terre d’immigration, terre d’innovation, terre de technologies « vertes », terre de rencontres et d’excellence.  Diffusée les 23 et 24 novembre 2010 en supplément d’abord dans La Dernière Heure-Les Sports et ensuite dans La Libre Belgique, une vingtaine de pages condense un culte de la technologie comme solution à tout problème, une bonne dose de marketing vert et quelques success stories qui servent comme autant d’étendards pour redorer le blason israélien. 


Entre greenwashing et pure propagande, le premier publi-reportage intitulé « Israël, du rêve à la réalité » agace plus qu’il ne fait soupirer. Si une petite mention précise sa nature publicitaire, l’apparence et le style « journalistique » peuvent tromper le lecteur peu attentif ou mal informé.

Bien évidemment, jamais le publi-reportage ne questionne les politiques israéliennes : la loi du retour de 1950, le vol et l’exploitation des ressources palestiniennes (eau), colonisation et irrigation du Néguev (au dépend des Bédouins), la colonisation en Cisjordanie et son soutien, et les nombreuses collaborations entre les universités et l’armée d’occupation.

L’angle privilégié est celui de l’économie. Les interlocuteurs sont triés sur le volet. Des scientifiques, un banquier internationalement reconnu, une artiste sympathique soutenant la bonne cause, une ambassadrice. Les entreprises ont elles aussi été soigneusement choisies : à la pointe de l’innovation,  non directement liées à la colonisation, des leaders au niveau mondial, et parce que c’est la mode elles sont souvent teintées de vert.

Quelques exemples :

Stanley Fischer,  gouverneur de la Banque Centrale d’Israël, et la loi du retour

« Je suis devenu citoyen israélien en exerçant mon droit en application de « la loi du retour »… « La loi du retour » exprime juridiquement l’objectif du rassemblent des exilés au sein de l’État juif (objectif rappelé dans la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël ».

Dans la bouche du banquier de l’année 2010, cette loi semble couler de source, son droit à immigrer en Israël semble naturel. Ou plutôt tombé du ciel. Comme le disait Ben Gourion : « Ce n’est pas l’Etat qui accorde aux juifs de l’étranger le droit d’installation, mais ce droit est en chaque juif dans la mesure où il est juif ».

Loi « ethnicisante » et discriminante par excellence, cette « loi du retour » a été votée en 1950 par le Parlement israélien. Comme l’explique Alain Gresh et Dominique Vidal, « la loi du retour stipule que chaque Juif a le droit d’immigrer en Israël. Ce droit a été complété par la « loi sur la nationalité », votée en 1952, qui accorde automatiquement la nationalité israélienne à tout immigrant profitant de la loi du retour, donc juif.»

Elle institue une différence de traitement entre Juifs et non-Juifs en matière d’immigration. Il est alors chose aisée pour un Juif américain, canadien, ou français qui le désire de s’installer en Israël, alors que le retour au foyer, à la terre volée/confisquée/spoliée, est toujours interdit au réfugié palestinien.

Pour rappel, l’État israélien s’obstine à refuser de reconnaitre et d’appliquer le droit au retour des réfugiés palestiniens reconnu par la résolution 194 de l’ONU du 11 décembre 1948 dont le paragraphe 11 précise qu’ « il y a lieu de permettre aux réfugiés [palestiniens] qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers… »

Better Place (1), des voitures vertes au-delà de la ligne verte, et les services aux colonies

Better Place est une entreprise israélienne qui propose la commercialisation de voitures vertes (en collaboration avec Renault-Nissan) et qui met en place un réseau de bornes électriques permettant de recharger la batterie dont ses véhicules sont équipés.

Or comme l’expliquait Debby Lerman de la Coalition des Femmes pour la Paix (Who Profits ?), lors de l’après-midi de conférence sur la campagne BDS du 27 novembre dernier, toute entreprise active en Israël  est plus ou moins liée à l’entreprise de colonisation à l’œuvre en Cisjordanie. En fournissant directement des services aux colonies ou par l’entremise des banques israéliennes.

La « green attitude » de Better Place n’allait donc pas s’arrêter à la ligne verte. L’entreprise propose et fournit en effet ses services aux colonies, toutes illégales, comme le montre Ali Abunimah dans un article pour The Electronic Intifada.

« Avant que Better Place ne vende sa première voiture, elle est occupée d’installer un réseau de millier de bornes de chargement sur l’ensemble du système routier et ce sur les routes réservées aux colons ainsi que dans les colonies de Cisjordanie ».

La fameuse autoroute  443 (dont 30 kilomètres sont construits sur des terres palestiniennes en Cisjordanie et dont l’usage est uniquement réservé aux colons/israéliens/juifs) sera équipée de telles bornes. Une vidéo interne montrait déjà le maillage en Cisjordanie et les plans pour l’étendre encore un peu plus dans les colonies.

Lors d’une visite guidée de l’entreprise, un porte-parole de Better Place précisait que des bornes de recharges seraient installés au domicile de quiconque achète un véhicule, « partout…où vous voulez vivre ». Colonies comprises.

Better Place (2), le culte de la technologie et un parallèle avec le processus de paix

« Révolutionner l’automobile pour sauver le monde ». Ce slogan, cette prétendue obsession de Shai Agassi – fondateur et PDG de Better Place, peut faire rire. Mise en perspective, elle fait cependant grincer des dents. Une telle phrase laisse en effet entendre qu’il serait possible de « sauver le monde », grâce à une avancée technologique (ici la voiture électrique), en ne changeant fondamentalement rien à nos comportements.

Si l’on force le trait, on peut mettre en parallèle entre cette façon de penser et l’évolution du processus de paix. « Sauver le monde » étant ici l’équivalent « d’atteindre la paix ».

Depuis 1993, différentes formules – négociations directes ou indirectes, parrainage américain ou égyptien, etc. – ont été testées et éprouvées. À chaque nouveau sommet, à chaque rencontre, une nouvelle méthode de travail, une nouvelle « technologie de la négociation », est utilisée. Sans résultat car, fondamentalement, les comportements n’ont pas évolué. Les israéliens agissent toujours en vainqueurs, continuent leur entreprise de colonisation, et ne voient toujours pas les Palestiniens comme des partenaires égaux en droits.

Cette façon de penser et d’agir est irresponsable et a conduit les négociations de paix vers une impasse.

Pour réellement « sauver le monde », avoir des chances de voir la paix, le comportement israélien doit impérativement évoluer.

Le dessalement de l’eau, le désert qui fleurit, et le greenwashing

L’économie verte, l’une des thématiques transversales du supplément, est aujourd’hui à la mode. On parle de plus en plus souvent de marketing vert voire de greenwashing puisque la touche verte d’un produit ou d’une industrie est mise en avant comme argument de vente.

Dans le cas spécifique du conflit israélo-palestinien, cette verdurisation de façade a régulièrement une double fonction. L’argument de vente bien sûr, mais aussi l’occultation de l’occupation et/ou de la spoliation des biens palestiniens. Le Fond National Juif (JNF en anglais) en a fait sa spécialité.

Pour en revenir au publi-reportage, prenons le cas du dessalement de l’eau.

Philippe Tob – « consultant de l’industrie du dessalement et des « cleantech » » – affirme que « dans moins de deux ans, cinq usines de dessalement construites le long de la côte israélienne, couvriront 75% des besoins en eau domestique d’Israël, évitant ainsi une catastrophe annoncée depuis plus de trente ans. »

C’est souhaitable car, entre références bibliques et louanges pour le savoir-faire israélien en la matière, le consultant ignore totalement et volontairement la situation actuelle qui rime déjà avec catastrophe pour le peuple palestinien.

En effet, avec le détournement de 85 % des captages d’eau en Cisjordanie, Israël a véritablement institutionnalisé le vol de l’eau. Ainsi, la consommation journalière en eau des Palestiniens ne dépasse pas les 70 litres en Cisjordanie, alors que le minimum requis par jour et par personne, selon l’Organisation mondiale de la Santé, est de 100 litres. En Israël, la consommation atteint 330 litres par personne par jour et dans les colonies, elle grimpe à 369 litres. Par ailleurs, pour leurs besoins quotidiens, un grand nombre d’habitants de Cisjordanie sont obligés d’acheter leur eau à la compagnie israélienne, Mekorot, qui la leur vend à un prix plus élevé que celui pratiqué pour les colonies et qui a simplement cessé d’approvisionner certains villages. Notons que 40% des localités des zones rurales palestiniennes n’ont pas accès à l’eau courante (voir site de l’ABP).

Plus loin dans le feuillet, « Netafim…Et le désert refleurira » renvoie à une imagerie coloniale où les connaissances de l’homme blanc apporte savoir-faire et progrès…au point de faire fleurir le désert. Une vision du monde que dénonce et démonte le réalisateur israélien Eyal Sivan dans son documentaire « Jaffa, la mécanique de l’orange ».

Plus encore, le titre et le fait que Netafim ait été fondé par le kibboutz Hatzerim – situé à l’orée du Néguev – ne peuvent que renvoyer à la situation que vivent aujourd’hui les Bédouins du Néguev.

Comme le rappelait le dernier Bulletin de l’ABP, « depuis la création de l´Etat d´Israël, la population bédouine d´Al-Naqab (Néguev en hébreu) souffre d´un harcèlement inhumain et systématique de la part des autorités qui convoitent ses terres […] Loin d’être le fruit du hasard et des circonstances, ce harcèlement continu à l´encontre des Bédouins se fait au nom de la judaïsation du Néguev. Le Fond National Juif a lancé en 2003 le plan Néguev en vue de développer cette région. Sur le site du FNJ, on constate que ledit plan inclut le développement des communautés, des logements, de l´emploi, de l´environnement, de la recherche agricole et le développement du traitement d´eau, du tourisme, de l´éducation et de la sécurité. »

Vaste projet donc pour repeupler cette région sous couvert de la verduriser. Pour les premiers habitants du désert, les bédouins, la plantation d’un million d’arbres rime avec dépossession et judaïsation (voir site Mondoweiss).

Des universités de pointe et leurs collaborations avec une armée d’occupation

Enfin pour en finir avec ce premier publi-reportage, parlons universités car trois pages leur sont consacrées. L’une d’entre elle concerne l’Institut Weizmann, « fleuron de l’innovation scientifique ». Deux autres concernent les Amis belges de l’Université Hébraïque de Jérusalem et à celle-ci, « l’excellence a trouvé sa terre d’accueil ».

Dans ce dernier pseudo-article, l’auteur, Abigail Klein Leichman, résume l’historique de l’université, cite quelques grands noms (belges, israéliens, et un « savant juif » – en la personne d’Albert Einstein), vante les vertus et l’excellence d’Israël en matière de recherches archéologiques (voir site de l’ABP), avant de conclure de la sorte :

« L’université de Jérusalem rassemble des étudiants de toutes les origines. En cela, elle est un facteur de dialogue et de paix. Cette paix à laquelle nous aspirons tellement, pour tous les peuples de la région, c’est avant tout à travers les relations  culturelles et scientifiques qu’elle pourra le mieux s’incarner. »

Pourtant, pour deux étudiants canadiens qui ont analysé les rapports entre leurs universités respectives et l’Université Technion en Israël, loin d’être des facteurs de dialogue et de paix, « les institutions académiques israéliennes sont des complices de l’occupation continue et des attaques envers la société palestinienne à travers des engagements directs dans les violations des droits légitimes du peuple palestinien et du droit international. »

En ce qui concerne plus précisément les cas des deux universités valorisées dans le supplément de La Libre Belgique et de la Dernière-Heure-Les Sports.

L’Université Hébraïque de Jérusalem

  • a construit son annexe Rabin, sur le Mont Scopus, sur des terres expropriées au village palestinien d’al-Issawiya ;
  • accorde certaines bourses aux réservistes en général et à certains anciens militaires israéliens ayant participé dans des opérations dans les Territoires Occupés Palestiniens ;
  • accueille des fabricants d’armes lors de ses bourses à l’emploi ;
  • entretient  des programmes spéciaux et des partenariats privilégiés avec l’armée et abrite une de ses bases sur son campus ;
  • accueille en son sein d’anciens généraux et des dirigeants d’entreprises directement liées à la colonisation. Ils y occupent de hautes fonctions,
  • demande un certificat de bonne vie et mœurs aux seuls visiteurs palestiniens qui y passent. Les visiteurs juifs n’y sont pas contraints.

L’Institut Weizmann

  • développe des lubrifiants pour l’usage de l’armée israélienne
  • accueille au sein de son comité de gestion le président du conseil de direction d’Elbit Systems, entreprise directement et activement liée à la construction du Mur d’apartheid pour lequel elle développe des systèmes de détection électronique.
  • collabore avec Elbit Systems à la mise en place d’un programme académique commun.

Plus d’infos sur les universités israéliennes et leur rôle dans l’occupation des Territoires Occupés Palestiniens et leur boycott

Pour les deux étudiants canadiens précédemment cités, il n’y a pas de doutes. Les liens, les amitiés belges ou canadiennes,  les collaborations et partenariats, voire même les échanges d’étudiants « entre les institutions académiques israéliennes et celles d’autres pays servent à normaliser les violations perpétrées par l’État d’Israël  et les rendent complices de celles-ci ».

C’est pour toutes ces raisons que certains estiment que la campagne BDS doit aussi concerner les universités israéliennes.

Nicolas Van Caillie

Analyse publiée sur le site de l’Association belgo-palestinienne

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