Classé dans : Actualité | Mots-clefs: Aarhus, émeutes, banlieues, caricatures, Danemark, Demain c'est loin, France, IAM, intégration, Mohamed
Aarhus, deuxième ville la plus importante au Danemark, située dans la province du Jutland, code postal 8000. 8000 représente ! Quelques 300 000 habitants. Comme c’est le cas dans la plupart des pays scandinaves, le centre-ville est de taille réduite et la ville s’étend sur des kilomètres à la ronde.
Brabrand, l’un des quartiers/districts/voisinages qui compose Aarhus, code postal 8220, 20-25 minutes du centre par bus. En France on appellerait cela la banlieue – et ce n’est pas un euphémisme. Immeubles faits de blocs de béton, peu de verdure, aucune activité aux alentours, population visiblement pauvre et d’origine étrangère.
Voilà le décor dans lequel je vis depuis bientôt deux mois. Bonjour la déprime, une escapade à l’étranger – quand bien même le prix à payer – est toujours la bienvenue.
Quartier de merde
Au milieu de cet océan grisâtre, il faut continuer à vivre : cuisiner, manger, boire, faire les courses au supermarché. À côté du supermarché, le marchand de fruits et légumes.
L’épicier est d’origine magrébine, les travailleurs qui ne cessent de réapprovisionner les rayons ne sont aucunement danois. La clientèle est multiculturelle, le caissier passe du danois à l’arabe en fonction du client.
Occupé à sélectionner quelques tomates, un des travailleurs – la quarantaine – s’approche de moi et me glisse un mot en danois. Il essaye en anglais : “If you take the whole box, it is cheaper.” La conversation s’engage, et passe rapidement au français. Quelle surprise et plaisir de parler français en plein milieu du trou du cul du Danemark.
Mon interlocuteur est né au Maroc. Je ne dirais pas qu’il est marocain, tellement l’homme a voyagé : Charleroi en Belgique, Etats-Unis, et maintenant Danemark. L’homme aime voyager. « Qu’est ce que tu fais ici dans ce quartier de merde, tu es un exchange student ? » C’est sorti, c’est dit : quartier de merde… « Même si on m’offrait gratuitement un logement ici, jamais je n’accepterait». Il habite dans le centre, il a bien raison.
Du béton à perte de vue, des paraboles satellites dirigées afin de capter Al-Jazeera, peu de mixité sociale, peu de mélange de population, des coups sur les fenêtres du bus, une gifle claque sur la joue d’un jeune homme blond, les jeunes du quartier ne parlent pas danois entre eux.
Quel choc quand vous avez vécu près d’un an aux Pays-Bas. Un constat : le model d’intégration danois est clairement un échec. C’est à se demander comment aux Pays-Bas des Geert Wilder et Rita Verdonk arrivent à faire des voix. À comparer les deux situations, le Danemark a une poutre dans l’œil alors que les Bataves n’ont qu’un brin de paille
Je pense pas à demain parce que demain, c’est loin
Même si comparaison n’est pas raison, la situation danoise fait dangereusement penser à la situation française. Des banlieues, absence de panachage, du béton, et probablement les mêmes discriminations à affronter.
Ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence si ladite crise « des caricatures » de Mohammed a démarré au Danemark – en 2005 premièrement et depuis le 14 février 2008 à nouveau – a été reprise en France, et s’est ensuite propagée un peu partout.
Mais attention, ces éruptions de violences n’ont sans doute pas grand-chose à faire, à voir, avec la religion. Les caricatures sont de l’ordre du prétexte, un prétexte pour exprimer un malaise profond. Et ironie du sort, Nicolas Sarkozy voudrait adapter et appliquer la méthode danoise, pour soigner les maux de la France. Toujours le mot pour rire, sacré Nicolas.
Dans le fond, ces situations me font juste penser à une chanson d’IAM – le groupe de RAP marseillais. A réécouter leur chanson « Demain c’est loin », je me dis que ces gars sont des prophètes. « Demain c’est loin » est criant de vérité à l’aune des situations françaises et danoises.
Un commentaire jusqu'à présent
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He bien Nico,
tu m’impressionnes.
Très joli blog,
Comment par Ben Heine 16 février 2008 @ 11:34beaucoup de contenu fort intéressant.
Je reviendrai