L’immigration massive et l’arrivée de fonds extérieurs sont deux des principaux facteurs qui soutiennent l’économie israélienne. Après la guerre de juin 1967, l’argent de la diaspora juive et l’importante aide américaine, combinée à l’immigration de près de 250 000 nouveaux arrivants entre 1968 et 1973, permettront à Israël de connaître une croissance économique annuelle à deux chiffres – plus de 10 %. Prospérité économique. Mais l’après 1967 marque également un tournant dans l’Histoire d’Israël. On constate un changement de mentalité au sein de la population israélienne qui se traduira par des mutations socio-économiques et l’arrivée au pouvoir du Likoud en 1977.
Il y a un avant et un après 1967. Avant 1967, Israël se caractérise par une conscience collective forte portée entre autre par le sionisme socialiste, celui des pionniers, celui du parti travailliste. La coopérative, le contrôle étatique, le travail en commun sont mis en avant. Après 1967, les Sépharades et autres Juifs orientaux – déçus par les travaillistes – rejettent le sionisme socialiste pour se tourner vers le sionisme religieux, à droite du spectre politique. Une conscience individualiste émerge. Même au sein des kibboutzim.
Le kibboutz se caractérisait par la propriété collective, le travail et les repas en commun, l’absence de salaire, l’égalité et la solidarité au sein de la coopérative. Mais le kibboutz n’a pas su échapper au tournant idéologique. De nouvelles valeurs individuelles, la propriété privée, font leur entrée au sein du kibboutz. Des salaires identiques tout d’abord, différenciés ensuite, sont également versés aux membres. Des habitants travaillent à l’extérieur. Le kibboutz est désormais vide de sens, idéologiquement et humainement en chute libre depuis les années 70, alors que les villages d’exploitation privée ont, eux, le vent en poupe.
Une libéralisation, des mutations
Au niveau macro-économique, l’emprise de l’État diminue, les théories néolibérales sont appliquées, l’Histadrout – l’Organisation générale des Travailleurs – est progressivement démantelée, désossée. Ses différentes institutions – banques, coopératives ouvrières, services sociaux gratuits, éducation – sont les unes après les autres privatisées, vendues. Pourtant, jusque là, Histadrout avait joué un rôle central dans le développement du jeune État israélien. De près de 2 millions de membres dans les années 70, le nombre d’affiliés tombe à 1,6 million en 1983, et enfin à 540 000 en 1995. Une influence moindre, une société libéralisée.
Dans les années 70-80, cette libéralisation s’accompagne d’une rapide évolution de la structure économique israélienne. Le poids du secteur primaire, l’agriculture principalement, décline. En 1969, l’agriculture emploie près de 10% de la population active. En 1979, plus que 6%. Et enfin en 1989, seulement 4,5%.Ce déclin profitera au secteur tertiaire et à diverses technologies de pointes tirées par l’armée. Entre 1974 et 1978, près de 30% du PNB israélien sera consacré aux dépenses militaires. Un moteur pour l’économie et l’innovation. En 2006, l’agriculture ne contribue plus qu’à 2 petits pourcents du PNB israélien. A l’opposée, les services représentent plus de 60% de ce même PNB.
Un prix à payer : l’explosition des inégalités
Mais ce « miracle » économique a un prix. Si le PNB par habitant triple en l’espace de 20 ans, les inégalités sociales s’accentuent elles aussi. Un nombre de plus en plus réduit d’Israéliens touche une part grandissante des revenus nationaux. Fort logiquement, en 30 ans, la pauvreté a considérablement augmenté. En 1969, 5% de la population vivait sous le seuil de pauvreté, aujourd’hui ils sont près de 20 % – 1,6 millions d’Israéliens dont 740 000 enfants. Le chômage a lui aussi suivi cette tendance. De 3% dans les années 70, il passe à 5% au début des années 80 et enfin atteint la barre des 10% en 1990. Aujourd’hui, officiellement, il toucherait toujours 10% de la population active. Mais officieusement, selon un rapport de l’Association pour le droit à l’égalité sociale, 17% de la population serait sans emploi.
