Démoli et diabolisé par les médias, comparé au petit père des peuples par certains, Roberto D’Orazio – l’ancien président de la délégation syndicale des Forges de Clabecq – est aujourd’hui au chômage. Avant cela, près de dix ans de syndicalisme ont aiguisé sa pensée et son analyse du système capitaliste. C’est un regard critique, radical mais éclairé qu’il propose sur la société.
« Pourquoi fait-on des manifestations ? C’est un moment de mobilisation. Plusieurs manifestations, c’est une suite de mobilisations. Mais ça n’est pas suffisant. Cela ne peut pas être une fin en soi. Ce qu’il faut, c’est se présenter aux élections avec une liste, un programme. Manifester puis réfléchir à comment organiser autrement la société ». On l’aura compris, avec Roberto D’Orazio, le monde sera politique ou ne le sera pas. Né en 1955, la génération D’Orazio est le prolongement de Mai 68 avec toutes ses interpellations suscitées. C’est cet intérêt pour la chose politique, le social et le travail qui poussera ce fils de l’immigration italienne à s’impliquer dans la vie syndicale. « J’étais intéressé donc je me suis impliqué, j’ai participé » glisse-t-il le plus simplement du monde. La chose semble couler de source : c’est une évidence !
Les Forges : « la plus grande escroquerie industrielle »
Élu en 1992 à la présidence de la délégation syndicale, Roberto D’Orazio aura directement fort à faire avec un énième plan de restructuration. Son rôle en tant que délégué : « défendre les intérêts des travailleurs qui m’ont mandaté ». Ce que propose la direction : une réduction salariale de 10 % sans investissements dans l’outil. « C’est en 1992 que c’est joué la fermeture des Forges. La réduction salariale c’est la dernière chose avant la fermeture », estime D’Orazio. Il faudra six référendums pour que le personnel accepte finalement le plan. D’Orazio est traité de « terroriste » par les médias. Il défendait juste les intérêts des travailleurs. Durant cinq ans aucun investissement ne sera fait alors que la délégation ne cesse d’en réclamer.

En 1996, l’usine est en faillite. Du fait d’une coalition rouge-romaine, « les travailleurs pensaient que ça irait. Pas les délégués. La Région a joué son rôle de liquidateur, elle n’a pas agi en gestionnaire ». Aucun plan de redressement ne sera proposé à la délégation syndicale, la Région se contentera d’injecter quelques 700 millions de FB « pour faire bonne figure ». Finalement, les Forges seront revendus pour 150 millions. « Ridicule ! Elles étaient pourtant estimées à mitraille à 5 milliards de FB. C’est la plus grande escroquerie industrielle ». Des 2000 travailleurs au début de la faillite, il n’en restera que 1000 à la reprise. Aujourd’hui, seul le laminoir emploie encore entre 300 et 400 personnes. Tous les délégués syndicaux – et ce malgré les lois sociales – seront licenciés. « Mêmes les candidats qui s’étaient présentés mais n’avaient pas été élus aux élections sociales » ajoute sans amertume l’ancien délégué.
Sans contradiction, pas d’évolution
À côté de son ancienne activité syndicale, Roberto D’Orazio aime analyser la société dans laquelle il vit. Une société faite de contradictions et donc d’évolutions. « Le système capitaliste a amené une certaine émancipation, il est clair que nous jouissons de meilleures conditions de vie qu’en 1880. Mais c’est contre sa nature ». Le système va là où il trouvera son intérêt. « Il n’a pas d’attachement humain ni géographique. Son seul attachement est la recherche du profit maximal », explique D’Orazio. Et même si comparaison n’est pas raison, D’Orazio constate – dans ce système capitaliste – une banalisation certaine de l’être humain par rapport à la possession ou non d’un objet. « Les repères ne se font plus sur base de valeurs humaines, mais sur base de valeurs matérielles. Il y a, dans la société, un changement de paramètres ». Vous avez dit radical ? Radical, mais éclairé.