Ciel et Terre, œuvre monumentale de Liliane Vertessen, ou lorsque l’acier et la nature se rencontrent dans l’art urbain. Tout proche, le bruit de pas saccadés, le cliquetis de talons féminins sur le trottoir : première vague de fonctionnaires sur le boulevard du Roi Albert II. Il est 16h30, une marée de gens pressés.« Si je rate mon train, vous me payez un verre », s’exclame un agent de sécurité à l’Office des étrangers. Le ton est donné. L’objet de son désir : la Gare du Nord, cœur artificiel de tout un quartier. Deux fois par jour, celle-ci fait le plein de fonctionnaires et autres employés ; deux fois par jour, le boulevard vit. Mouvement binaire d’arrivée et de départ de milliers de travailleurs. Entre ces deux moments paroxystiques, rien ou pas grand-chose. En apparence du moins. Retour à la verdure.
De part et d’autre du boulevard, une bande de verte de 800 m de long, véritable artère pulmonaire du Manhattan Bruxellois. Le calme dans la tempête, l’art et la nature au milieu des gratte-ciels. Tous les jours, Christian – habitant du quartier depuis 25 ans – vient s’y promener avec son labrador, Caius – « Un empereur romain, pas n’importe qui », glisse-t-il avec humour. Cette habitude vielle de 15 ans lui permet d’apprécier l’évolution du quartier, du boulevard en particulier. « Les bureaux, les tours, c’est tout nouveau. Mais le quartier est ancien lui. Avant c’étaient des taudis, c’est pourquoi ils ont tout rasé ». C’est en 1986 que débuteront les travaux de rénovation du boulevard, sous l’égide entre autre de Roger Nols bourgmestre de Schaerbeek à l’époque. La bande centrale, elle, ne sera pas directement aménagée. « Avant, c’était un terrain vague. Dégueulasse ! Dommage pour un si beau quartier », déclare Christian. La ville n’ayant ni les moyens ni le temps, le projet d’aménagement et son financement viendront des Banques et autres entreprises présentes sur le boulevard.
D’autant plus belle qu’inusitée
L’allée, arborée et agrémentée de quelques œuvres monumentales, est agréable à regarder, mais peu en profitent. Surtout pas les travailleurs, surtout pas en hiver lorsqu’un froid mordant pique le nez. « Les gens des bureaux n’en profitent pas, confirment Paul Wyts et Snoopy qui habitent le quartier depuis 7 ans, ils n’ont pas le temps avec une demi-heure de table ». La promenade verte du boulevard Albert II est d’autant plus belle, que non employée par ses promoteurs. Elle est tout au plus « agréable » avance une secrétaire. Même constat pour M. Akritidis, chauffeur de taxi dans la zone Gare du Nord – Centre, qui ne peut pleinement jouir du « dernier coin vert dans le coin ». Conduite automobile oblige !
Finalement, les seuls à prendre possession du sentier sont les habitants des environs. Christian et Caius, Paul et Snoopy. Les maîtres avec leur chien, les joggeurs avec leurs baskets. Sans ses echte Brusselaires, à l’image de Bruxelles dans son ensemble, le boulevard du Roi Albert II ne serait qu’une aire de transit. Un simple lieu de passage sans âme. Éclatant comme le verre, mais froid comme la pierre. Haut perché, mais inanimé.