M. Juan Pablo Cárdenas, journaliste chilien et professeur à l’Université de Santiago du Chili, plaide pour un journalisme indépendant et engagé qui défend l’égalité des peuples et la solidarité. Rencontre avec un véritable humaniste plein d’humour.« Pardon d’être en cravate, mais je viens d’un repas avec l’ambassadeur du Chili à Bruxelles. Ici, ce n’est pas vraiment un endroit pour porter une cravate » commence d’emblée M. Juan Pablo Cárdenas ; l’auditoire de l’IHECS (Institut des Hautes Études de Communications Sociales) se détend. Soigné et grisonnant, celui-ci parcourt la Belgique pour nous parler d’un certain journalisme, vocation plutôt que formation, aux missions primordiales. Présent dans nos locaux ce mardi 7 février 2006, attendu à Louvain dans la soirée, M. Cárdenas devait encore participer à une conférence et un séminaire ces 8 et 9 février. Cet agenda chargé démontre la pertinence du propos défendu par un homme dont le travail a de nombreuses fois été récompensé, notamment par le prix des 50 héros mondiaux de la liberté de la presse décerné par l’International Press Institute en 2000 ainsi que le prix national du journalisme 2005 au Chili.
Conscient du rôle que le journalisme avait à jouer dans son pays, M. Cárdenas crée Análisis, revue opposée au régime militaire d’Augusto Pinochet. L’hebdomadaire, dont la première parution date de 1977, participera à la formation d’une opinion politique. Opinion qui provoquera la fin du régime militaire lors des élections présidentielles de 1989. Paradoxalement, cette transition vers la démocratie signifiera la disparition du titre en 1990. Durant ces treize années, M. Cárdenas en sera directeur.
Lutte d’hier et d’aujourd’hui
« Análisis est une belle histoire qui a été possible grâce au mouvement de solidarité européen. Les appuis n’étaient pas que financiers, ils étaient aussi politiques. Cette aide fut providentielle alors qu’au Chili les pressions et menaces s’accentuaient », déclare notre interlocuteur. Dans ces conditions, sa plus grande fierté est d’être resté au Chili. « C’est un honneur pour moi d’avoir dirigé un journal opposé au gouvernement Pinochet. Je suis vraiment fier d’être resté pour dénoncer les méfaits commis durant la dictature » explique-t-il, avant de préciser que tout se faisait en jouant sur les mots.
Dans un contexte marqué par le manque de diversité médiatique, l’esprit et le regard critique – assumés hier par Análisis – sont aujourd’hui repris à leurs comptes par la radio Universidad de Chile, « mélange de jeunes comme vous et de vieux comme moi ». Radio dont M. Juan Pablo Cárdenas, âgé de 56 ans, est désormais directeur. Par ce retour aux sources, M. Cárdenas continue de contribuer à changer l’ordre actuel en dénonçant les nombreuses inégalités. Ordre actuel qui contraste avec l’ordre établi dans les principes démocratiques énoncés en 1990. Mais quand il s’agit desdits principes, il n’est plus question de jouer sur les mots pour Juan Pablo Cárdenas.